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Choisir (comment?)

Occupation : ce à quoi on consacre son activité, son temps.

Occupes-toi. Je dois m’occuper de telle chose. Ceci me préoccupe. Je suis occupée à. Elle devrait se trouver une occupation.

La course

Dans ma dernière chronique, je parlais de faire des bulles. C’est bien beau comme principe, mais je sais très bien que dans la réalité, on est bien trop occupé à courir pour perdre son temps à prendre son temps à pratiquer une activité aussi inutile, futile, puérile. On se lève le matin et il faut courir pour se préparer, pour conduire les enfants à l’école ou à la garderie, pour aller travailler ou pour répondre à la maison aux milles et une demandes des enfants/conjoint/tâches ménagères/autres. Et le soir, tout est à recommencer.

On apprend aux enfants à nager avant qu’ils sachent marcher. Des études montrent que « tout se joue avant six ans » ou même avant trois ans, on fait donc le maximum pour développer le plus de cellules grises possibles chez notre nourrisson. On ne passera certainement pas à côté de la chance d’être le fier parent du prochain Mozart ou du prochain Einstein.

Même quand on reste à l’abri du phénomène de compétition fort présent dans notre société (mais pas incontournable), on voudrait tellement que notre enfant puisse développer tout son potentiel qu’on se sent coupable de ne pas lui offrir la dizaine de cours qui lui seraient essentiels.

Ça, c’est quand la grand-mère, la tante ou n’importe quelle autre personne concernée ne dit pas « pourquoi tu ne l’inscris pas à un cours de… ton enfant a du talent, tu devrais l’encourager ».

Une passion

Pendant le temps des Fêtes, je parlais à la tante de mon mari. Sa fille, jeune adolescente, fait des compétitions de natation et s’entraîne 15 heures par semaine. Elle termine l’école et se rend directement à la piscine où elle nage de 17h à 19h. Elle revient ensuite à la maison, doit souper, se laver, faire ses devoirs, vivre un peu… et se coucher pas trop tard. Elle nage aussi le samedi.

Cette tante me disait que sa mère lui avait répété que les enfants doivent se trouver une passion avant le secondaire.

Ce n’est pas bête. Je ne trouve rien de plus triste (inquiétant) que ces bandes d’ados oisifs qui traînent en groupe le soir ou durant l’été. Et puis on sait très bien que les gens désœuvrés sont plus prompts à faire des bêtises. Alors un horaire bien chargé a le mérite de garder nos enfants occupés, motivés et stimulés.

Tout de même… Quand Fille Aînée est entrée à l’école, le club de gymnastique m’a téléphoné pour me dire que ma fille avait été présélectionnée pour le club et était invitée à une évaluation. Si elle était choisie, elle aurait de six à huit heures d’entraînement par semaine. Je l’ai laissé aller à l’évaluation, mais je ne sais pas si j’aurais accepté qu’elle fasse l’équipe. D’un côté je me disais que c’était une chance extraordinaire, une expérience formidable. De l’autre, je ne pouvais m’empêcher de me dire que c’était ridicule. On parlait d’une enfant de 5 ans, qui venait de commencer la maternelle privée et qui était déjà en classe plus de 30 heures par semaine.

À la place, je l’ai inscrite à la danse (1 heure par semaine), parce que la danse pour moi est très importante et au patin artistique (1 heure par semaine), parce qu’en regardant une compétition deux ans plus tôt, elle avait dit : « Ça, c’est moi quand je serai grande ». Les deux cours se tenaient le samedi matin : j’avais rationnalisé les activités. J’en étais très fière. Je voulais bien faire. Je n’avais pas pensé qu’elle serait fatiguée sur la glace parce qu’elle viendrait de faire une heure de cours de danse. Elle a abandonné l’un et l’autre.

L’année suivante j’ai découvert les activités parascolaires de l’école et ça été la révélation. Pas obligée de conduire Fille Aînée le samedi matin ou après l’école. Les cours se terminent à 16h30, ils changent de local et de tenue et l’activité débute à 16h45 pour se terminer une heure plus tard. Bien sûr, nous rentrons plus tard ce soir là, mais elle aime ça. Et c’est beaucoup plus simple pour les parents. Il y avait encore le patin artistique, pour Fille Aînée et Coucoune, mais je les avais inscrites à la dernière minute : nous étions relégués au dimanche matin 8h30. Quand les enfants ont commencé à rechigner, j’ai sauté sur l’occasion d’interrompre les cours.

Parfois je me dis que j’aurais dû insister. Leur apprendre l’importance de l’engagement. Les forcer à bien essayer pour qu’elles décident, après la session, si elles veulent continuer ou pas. Parfois je me dis qu’en élevant mes enfants de cette façon, j’en fais des lâcheuses. Mais ces pensées n’arrivent pas à me persuader d’obliger les enfants à poursuivre quelque chose qu’elles n’aiment pas. Tout le monde a droit à l’erreur. Les parents comme les enfants.



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Le choix

Tout ça, c’est la faute aux choix.

Ainsi, l’idéal est que l’enfant se trouve une passion. Pour l’aider, on a le choix  dans la panoplie de cours offerts : théâtre, judo, danse, patin, karaté, peinture, violon… Bien entendu, pas question d’imposer notre choix à l’enfant. Pour lui permettre de trouver sa passion, on varie : piano le lundi, natation le mardi, théâtre le mercredi, cuisine le jeudi…

Dans notre société bien nantie, on a le choix. On a plein de choix. On a trop de choix. Et malheureusement, on n’aime pas choisir. On veut tout essayer. Pourquoi se contenter de telle activité, de telle saveur, si on peut avoir mieux ailleurs? Rien ne dit qu’ailleurs ce sera mieux, mais on ne veut pas laisser passer la chance, même si on est bien avec notre choix actuel. Supposons qu’on laisserait passer quelque chose de vraiment intéressant?

Et puis il n’y a rien de plus culpabilisant, pour un parent, que de ne pas permettre à son enfant de développer le talent ou la compétence qu’on sent poindre chez lui. On se sent obligé d’offrir des cours de ci ou de ça. Et d’inscrire les autres enfants de la famille aussi, dans un souci d’équité.

Les bonnes intentions

En septembre de cette année, j’ai inscrit les trois filles au cours de patin artistique. Aux deux grandes, j’avais laissé le choix : la danse où le patin. Comme elles avaient choisi la même activité, j’y ai également inscrit aussi Petite de 3 ans et demi. Je lui ai acheté de beaux patins artistiques qui m’ont coûté une fortune : je voulais pour elle, comme pour les autres, ce qu’il y a de mieux.

C’était formidable. Chéri venait maintenant à l’aréna avec nous. Les trois filles étaient sur la glace. Chéri était gardien de corridor. Moi je prenais les présences dans les vestiaires. C’était une activité que nous faisions en famille. Je trouvais ça extraordinaire.

Tout allait bien. Sauf Petite, qui n’aimait pas ses patins et qui pleurait durant tout le cours. Mais elle avait sûrement du talent et moi, pleine de bonnes intentions, je voulais encourager ça.

Après trois cours, elle a laissé tomber. Quel intérêt de la forcer à aller sur la glace, la voir souffrir parce que les patins artistiques sont serrés et lui font mal, si elle n’a aucun plaisir à pratiquer son activité? J’ai revendu ses patins. Les deux grandes ont choisi une activité parascolaire le mardi soir, gymnastique pour l’une et trampoline pour l’autre. J’y voyais une belle façon de se défouler après l’école. Elles aussi ont préféré arrêter le patin. J’aurais peut-être dû insister. Mais j’ai pensé qu’elles voyaient leurs limites et je l’ai respecté. Coucoune a commencé à réclamer des cours de danse. Je lui ai dit qu’on verrait ça en janvier.

Janvier arrive. Danse pour Coucoune. Fille Aînée veut faire de la natation. Au premier cours de natation, Petite vient avec moi. J’engage la conversation avec une maman qui me demande soudain si Petite prend aussi des cours.

  • Non.
  • Pourquoi?
  • Parce que je trouve qu’on en fait assez.

(j’ai dit ça moi?)

Les enfants sont capables de faire leurs choix aussi et de fixer leurs limites. Au début, Coucoune m’a demandé de lui choisir un cours de danse un soir de semaine. J’ai compris que le samedi matin, être à une activité à 9h30, c’était trop demander. On aime flâner en pyjama la fin de semaine, prendre le temps de se réveiller.

Malheureusement, le cours pour son groupe d’âge était prévu le jeudi à 16h45 alors qu’elle termine l’école à 16h30. Je lui ai dit que si on choisissait cette option, il faudrait courir. On a donc opté pour le cours du samedi midi. Et elle m’a annoncé dernièrement adorer cet horaire. Sur semaine, elle en a assez avec l’école. Le jeudi soir, pendant que Fille Aînée est à son atelier cuisine en parascolaire, elle joue au service de garde et elle adore ça.

La session de natation est terminée, mais je pense réinscrire Fille Aînée. Et inscrire aussi les deux autres. Et il y a un super cours d’arts pour mon artiste (Fille Aînée toujours). La danse de Coucoune n’est pas terminée, le cours de cuisine de la grande non plus. On va devoir faire des choix!

Émilie C. Lévesque
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