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La comparaison ou l’art de

Encore aujourd’hui, il m’arrive de me comparer.  Moins qu’au début évidemment. C’est quoi se comparer?  C’est se mettre en rapport avec quelqu’un d’autre et chercher les points ressemblants ou dissemblables.

J’ai fait mes premiers pas dans la maternité assistée d’un important réseau puisque je fréquentais depuis les  débuts de ma grossesse un forum de discussion de parents sur Internet. J’y ai trouvé un paquet de trucs et de conseils qui m’ont grandement aidée. Malheureusement, il y avait aussi le revers de la médaille : ces femmes avec qui j’échangeais étaient bien souvent de meilleures mères que moi.

Du moins, je le croyais. Je lisais L., qui habillait de pieds en cap ses jumeaux de 21 mois tous les jours d’hiver pour la promenade ou M. qui faisait le tour du bloc avec sa petite dans la poussette le matin avant d’aller travailler ou D. qui avait pris le temps de construire la coccinelle d’Annie Brocoli dans une boîte de carton avec ses deux garçons un samedi après-midi. Mes enfants allaient pour sûr souffrir d’un manque quelconque puisque j’étais une mère pourrie.  Je ne faisais pas tout ça.

Plutôt que de souligner mes bons coups, je regardais les autres mères et je me comparais. La comparaison me semblait toujours à mon désavantage. J’étais triste, mais je continuais à faire de mon mieux, à élever mes enfants avec de l’amour et de la patience.

J’ai fini par comprendre que j’en faisais autant que les autres mamans, mais différemment. Et que c’était correct. Mais encore aujourd’hui, il y a des moments où je regarde d’autres mères et que je me dis : « Pourquoi est-ce que moi je ne fais pas ça? » en anticipant les conséquences désastreuses de mon manque maternel sur le développement futur de mes filles. Parce que soyons honnêtes : quand on se compare, la plupart du temps, c’est pour admirer celles qui ont l’art de. Il y a pire comme mères, on le sait. Mais surtout, on sait qu’on pourrait être tellement mieux.

J’ai mis longtemps à comprendre que j’étais une bonne mère. Je me remettais toujours en question. Je me comparais et je trouvais que les autres faisaient mieux que moi. Il y en avait toujours de meilleures que moi. Et il y en aura toujours. Ça ne veut pas dire que je ne vaux rien.

Je me souviens parfaitement du moment où j’ai compris que j’étais une bonne mère. C’était le jour de la fête des mères en 2005. J’avais amené la petite famille visiter ma grand-mère (que nous appelons « Grand-Mamour » – grand-maman d’amour, pour ne pas mélanger avec les grands-mamans des filles). Mes trois filles sont entrées dans son appartement, elles ont retiré leurs chaussures et les ont placées ensemble contre le mur. Et là, ça m’a frappée d’un coup. J’étais une bonne mère. Mes enfants étaient super bien élevées. Bien sûr, elles étaient aussi heureuses, c’est important et ça saute aux yeux. Elles avaient confiance en elles, avaient l’esprit critique et tout, mais je ne voyais pas vraiment ce que j’avais à voir là-dedans.



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À partir de ce jour, j’ai arrêté (diminué) les comparaisons. Tout compte fait, on  en arrive à un équilibre. On ne peut pas toutes être pareilles. Chacune a ses forces et ses faiblesses, dans sa maternité comme ailleurs. 

Bon, c’est vrai que ma cousine prépare des biscuits maison trois fois par semaine pour la collation du retour de l’école de ses enfants. Demain matin, je ferai des crêpes avec la première levée. Tiens, ça les fera peut-être sortir du lit plus rapidement? Et il faut que je me trouve au plus vite une recette de biscuits.

Émilie C. Lévesque
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