Langage fleuri
Coucoune un matin, alors que nous sommes en route vers l’école : « Maman, c’est toi qui va m’amener pour ma boîte à lunch hein? ».
Pardon? Je vous jure, parfois j’ai l’impression que ma famille est une mini tour de Babel.
« Tu veux que je porte ta boîte à lunch ? », ais-je tenté de traduire. « Non, maman, tu ne comprends pas », de me répondre une petite fille de cinq ans complètement découragée par la bêtise de sa mère. Dans sa tête, ce qu’elle veut dire est clair et moi je suis stupide de ne pas comprendre. Mais nos enfants ont un langage fleuri. Ils prennent la vie simplement comme ils la conçoivent et nous la rendent comme ils la comprennent, avec les mots qu’ils connaissent. Le cerveau des enfants est un champ sauvage où les mots poussent n’importe comment, sans classement préalable.
Ce qui rend la communication parfois difficile, comme ce matin. Ou cause des moments bien jolis, comme Fille Aînée (à 6 ans) qui demande le truc pour « époustoufler » la poussière lors du ménage, Coucoune (à 18 mois) qui éternue et affirme ensuite le plus calmement du monde qu’elle vient de faire un « cauchemar » ou Petite (à 3 ½ ans) qui trouve un pépin de melon d’eau « tout nu » (blanc).
Après réflexions et questionnements, j’ai fini par comprendre ce que Coucoune voulait dire. Je suis le taxi de la famille. Fière maman reine de la camionnette en banlieue. Le matin, je laisse Chéri et Petite à la garderie et la gare avant de conduire les grandes à l’école. Fille Aînée se rend dans la cour d’école tandis que je dois raccompagner Coucoune à la porte qui mène aux casiers des maternelles. Le jeudi, Petite ne va pas à la garderie puisque nous avons un atelier de pré-écriture ensemble. Elle reste donc avec moi dans la voiture pour conduire ses sœurs à l’école. Histoire de me simplifier la vie j’ai demandé à Fille Aînée, deux mois après le début des classes, si le jeudi elle pouvait se charger de raccompagner sa sœur à la porte des maternelles. Elle est très d’accord.
Je suis pour l’autonomie des enfants de toute façon. Je ne vois aucun avantage à leur tenir la main jusqu’à leur majorité. Je me contente de les surveiller de loin.
De plus, l’école offre des repas chauds délicieux et santé. Mes filles mangent parfois à la cafétéria, mais aussi à la boîte à lunch. Nous avons fini (cette semaine) par trouver un équilibre entre les deux : les lundis, mercredis et vendredis, je fais un lunch. Les mardis et jeudis, elles mangent à l’école. On alterne ainsi les repas chauds et les lunchs et on évite les plaintes matinales « pas encore un lunch » si deux jours de repas froids se suivent (on l’évite puisqu’ils ne se suivront plus).
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Et comme j’aime les choses ordonnées, j’ai suggéré que Fille Aînée se charge de raccompagner sa sœur les mardis et les jeudis. Si Fille Aînée est fière de sa nouvelle responsabilité, la réaction de Coucoune a été plus mitigée. Anxieuse, elle est légèrement déboussolée par la nouvelle routine, donc je lui ai expliqué que les jours où elle mangeait à l’école, ce serait sa sœur qui la raccompagnerait. Son commentaire de ce matin devait donc se comprendre ainsi « Maman, c’est toi qui me raccompagne à la porte de l’école ce matin puisque c’est une journée boîte à lunch, n’est-ce pas? ».
Effectivement, c’était très clair. Une fois traduit. J’ajoute donc à la liste de mes compétences maternelles : traductrice.
Mère de famille, l’emploi qui demande le plus de polyvalence.
Émilie C. Lévesque
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