Grandir
J’ai envie de vous parler d’un certain matin il n'y a pas si longtemps.
Comme vous le savez, j’ai trois enfants. Dès la naissance de Fille Aînée, j’ai refusé de me doucher ou de prendre mon bain si j’étais seule à la maison avec un ou des enfants. On ne sait jamais, pendant les cinq minutes nécessaires pour me laver (je suis rapide), il y aurait pu avoir un incendie, un bandit aurait pu s’introduire dans la maison et enlever ma progéniture, un enfant aurait pu tomber sur un couteau tranchant et se zigouiller avec, la liste des drames possibles sans mon oreille super aiguisée (l’ouïe devient nulle sous la cascade de l’eau) ne cessait de s’allonger dans mon imagination.
Pas de douche, pas de risque. Je me lavais le matin avant que Chéri ne quitte la maison ou j’attendais son retour.
Je me suis aussi habituée à manger tiède (ou froid) bien vite après être devenue maman. Comme de raison, bébé avait besoin de bras (pour être bercé, allaité ou juste pour être certaine qu’on ne l’oublie pas) dès que le repas était sur la table. Chaque fois je me sacrifiais. L’arrangement était juste pour tout le monde : Chéri mangeait vite puis il prenait la relève pendant que je savourais tranquillement mon repas froid. Plus tard, après avoir servi tout le monde, je tentais de m’asseoir pour manger aussi quand les demandes commençaient à pleuvoir : à boire, tel condiment, une autre portion… Quand j’arrivais à manger une bouchée (froide!), tout le monde avait terminé.
Sans parler de mon café que je finissais par oublier sur le coin du comptoir.
Ce fameux matin tout récent donc était un vendredi. Les deux scolaires étaient en pédagogiques alors j’avais gardé aussi Petite. Chéri s’était levé tôt et était parti travailler en nous laissant dormir. Les filles se sont levées et j’ai préparé le déjeuner. Quand tout le monde a été servi, j’ai demandé si tout était correct et j’ai averti les enfants que j’allais manger et que je ne serais plus disponible. Une a demandé encore du lait et ensuite, j’ai mangé mon pain grillé chaud.
Après, les filles ont commencé à jouer à je ne sais plus quoi. J’ai vérifié que tout était sous contrôle. Je me suis fait un café, m’en suis versé une tasse et j’ai averti que je prenais mon café et que je travaillais. J’en ai fait un jeu. Avant son café, maman est un monstre. Je mime le monstre avec force détails et grognements. Théoriquement, elles ne doivent plus me déranger tant que le café n’est pas terminé. Fille Aînée respecte la règle, Coucoune oublie quelques fois et Petite ne comprend pas trop, mais je ne perds pas espoir.
Publicité
Plus tard, le moment crucial : la douche. J’ai prévenu ma triade que j’allais prendre ma douche. Je leur ai demandé de s’habiller et de prévoir un pyjama et des vêtements pour le lendemain puisqu’elles partaient ensuite chez leur grand-mère. Croyez-le ou non, quand je suis sortie de la douche non seulement le drame avait évité ma demeure, mais les trois enfants étaient habillées et les bagages étaient partiellement faits. J’en suis encore baba.
C’est extraordinaire de voir grandir les enfants.
Émilie C. Lévesque
Voir profil
Archives
|