Et moi, et moi, et MOI!!!
Le matin du 11e jour de vie de Petite, j’ai demandé aux enfants de venir se préparer pour partir au Café-causerie de la maison de la famille. Fille Aînée et Coucoune Brillante ont rechigné : elles voulaient rester à la maison. Ma première pensée a été de céder. Sur le moment, il me semblait plus simple d’acquiescer à leur besoin caprice que de les habiller un peu de force pour les emmener avec moi.
Mais la Femme en moi, celle qui était cachée très loin derrière la Mère, m’a botté le derrière.
La Femme : - Pas question. Tu en as besoin.
La Mère : - Besoin, moi? J’ai des besoins?
La Femme : - Oui, et tu dois les combler. Tu as besoin de sortir de la maison. Tu es seule à la maison toute la journée depuis ton retour de l’hôpital avec trois enfants de moins de quatre ans. Tu as besoin de voir des adultes.
La Mère : - Chéri vient dîner le midi et il est à la maison tous les soirs, c’est un adulte.
La Femme : - Tu sais très bien ce que je veux dire.
La Mère : - Est-ce que je peux vraiment faire ça?
La Femme : - Évidemment, c’est toi la mère… et puis dis-toi que tu seras plus en forme et plus de bonne humeur pour tes enfants pour le reste de la semaine.
La Femme avait asséné l’argument massif. Au bout du compte, l’effort serait profitable à mes enfants. Et puis elle reconnaissait sans gêne ce que je refusais d’admettre : sur le moment, la solution la plus facile était d’acquiescer, mais à moyen ou long terme, il s’avérerait plus payant de ne pas céder.
J’ai regardé les enfants et je leur ai dit : «On va y aller, parce que moi j’en ai besoin». Ton sans réplique. Elles ont suivies, se sont bien amusées avec leurs amis à la halte-garderie et moi j’ai passé une adorable et rafraîchissante matinée avec mes copines.
Moi. Pour l’enfant, ce mot est l’évidence parce qu’il est le centre de l’univers. Pour le parent, le mot perd son sens. J’ai longtemps passé par-dessus mes besoins pour répondre à ceux des enfants. Et puis je me serais sentie tellement coupable de me privilégier! Je devais toujours être là, présente pour répondre aux besoins.
Avec l’arrivée de la troisième merveille de la famille, certaines choses ont commencé à changer. J’ai pris l’habitude de quitter la maison quand Chéri rentrait le soir parce que j’avais besoin de décompresser. Je pouvais être absente pendant 30 minutes ou pendant une heure ou deux. J’allaitais avant de partir et je m’arrangeais pour revenir avant le prochain boire. Avec mes deux premières filles, je voulais mourir si je prenais 15 minutes pour aller à la pharmacie. J’étais persuadée que pendant mon absence, le monde allait s’écrouler. Avec la maternité, j’ai découvert que j’étais très importante pour certaines personnes et de là à croire que je leur étais essentielle, il n’y avait qu’un pas que j’ai rapidement franchi.
Quand Petite a eu une routine plus stable, j’ai pris l’habitude de partir voir des copines le vendredi soir. J’allaitais avant de partir et je savais qu’elle dormirait dans la soirée et que je serais de retour pour le boire de la nuit. Mais je ne regardais plus ma montre. Il est arrivé que ce soit plus difficile pour Chéri et Petite, mais ils ont survécus.
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Moi aussi.
Nous avons également reconnu l’importance de donner du temps à notre couple en essayant de sortir deux fois par mois. Dans les meilleures périodes, c’est chaque semaine que nous sortons, pour aller voir un film ou souper au restaurant. Il faut dire qu’avec trois jeunes enfants, nous avons eu la chance d’avoir à la maison une adolescente venue passe l’été. Elle m’aidait à m’occuper des enfants qui l’adoraient. Nous avions ainsi quelqu’un de confiance pour garder nos enfants quand nous quittions la maison. Par après, nous avons développé un bon réseau de jeunes gardiennes pour prendre la relève.
Je ne crois pas qu’un bébé puisse être manipulateur. Un bébé qui pleure a un besoin, et le porter n’en fera pas un enfant capricieux, mais le rassurera sur l’amour qu’on lui porte, sur le fait qu’il pourra compter sur nous. Mais après quelques années, les enfants ont très bien compris comment ça marche. Tout le monde manipule les autres d’une certaine façon. On s’arrange pour avoir ce qu’on veut. Quand on est adultes, on appelle ça de la négociation. Des échanges de services.
- Chérie, tu as envie de faire l’amour ce soir?
- Non, je suis trop fatiguée. Par contre, si les chaudrons étaient miraculeusement lavés pendant que je prends un bon bain chaud avec de la mousse, un bain qui se remplirait miraculeusement tout seul, j’imagine que je serais moins fatiguée…
On passe plus de temps avec le premier quand il fait une bêtise ou pleure un peu parce que le pauvre, il doit se sentir mis à l’écart depuis l’arrivée de son frère. On accepte de ne pas laisser l’enfant à la garderie comme prévu parce qu’une fois sur place, il s’est mis à pleurer en refusant de nous laisser. Pourtant on attendait cette journée de garderie pour se gâter un peu et dormir tout l’après-midi. On cède à l’enfant qui fait une crise pace que on est fatigué de s’obstiner. Et l’enfant apprend comment manipuler pour obtenir ce qu’il veut. Normal, il est aussi humain que nous.
Chéri a toujours dit que la période du non (gentiment nommée terrible two par nos cousins anglophones) était la période où l’enfant devait apprendre à se faire dire non. C’est la période où l’enfant apprend à fixer ses limites et où il doit apprendre où sont celles des autres. Tu as des droits, mais tu as aussi des devoirs.
Mais je m’égare.
Il y a eu cet atelier dont je vous ai déjà parlé où j’ai appris que je devais accepter que j’avais aussi des limites moi aussi et que je devais les respecter. Ça ne s’est pas fait en quelques semaines évidemment. C’est un long travail qui se poursuit encore.
Pourquoi je vous raconte tout ça ? Parce que jeudi dernier, j’avais prévu passer prendre un café chez ma chum avant l’atelier avec Petite. Alors en laissant ses sœurs à l’école, je lui ai annoncé que nous irions. « Non, je ne veux pas y aller, je ne l’aime pas ». Comment peut-on mentir avec autant d’aplomb? C’était si énorme (elle l’adore) que s’en était ridicule. Mais quand même… Ma première pensée a été de céder. Sur le moment, il me semblait plus simple d’acquiescer à son besoin caprice que de l’emmener de force en entendant ses lamentations. Mais cette fois, La Femme n’a pas eu besoin d’intervenir (est-ce que enfin la femme devenue mère serait devenue femme ET mère de façon équilibrée?).
Ton sans réplique : Écoutes moi bien Petite chérie de mon cœur. Je prends du temps toute la journée avec toi et nous allons ensemble à un atelier ce matin. Si j’ai envie de prendre une demi-heure pour boire un café avec ma chum avant, je vais aller (d’autant plus que sans ça, nous serons trop à l’avance). Si tu n’es pas contente, je te ramène à la garderie.
Non, mais il y a toujours bien des limites. Je veux bien faire l’effort de comprendre et de respecter les états d’âme de tout le monde, mais MOI là-dedans?
Émilie C. Lévesque
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