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Une maman à la maison /Chroniques Impression de la page

Remède de grand-mère?
Luce Tremblay

Les merveilles de l'huile de ricin.

3 Juillet 9:40

Ce matin, je vais encore chez le médecin.  40 semaines et 6 jours de cette grossesse qui n'en finit plus.  10 jours déjà que ma pauvre gentille belle-sœur campe chez nous, en cas....

Médecin: Encore ici?

Future maman: ben oui! (Ça fait deux semaines que je ne prends même plus de rendez-vous de visite, je garde confiance au moins!)

Médecin: Pas de changement depuis la semaine dernière. Toujours à trois centimètres, le col bien mou et tout effacé.  Elle ne veut vraiment pas sortir celle-là!

Future Maman: ......

Médecin: Je t'envoie à l'hôpital, ils vont de donner une date pour l'induction.  En passant, tu as essayé l'huile de ricin?

Future Maman: Je peux?  J'avais un peu peur du résultat, je voulais justement t'en parler ce matin.

Médecin: Écoute, tu n'en parles pas au gynéco, mais si ça marchait pour nos grand-mères, je ne vois pas pourquoi ça ne marcherait pas pour toi.  Tu es prête, le bébé aussi, alors c'est mieux essayer ça que l'induction non?  Une cuillère à soupe aux quatre-heures pour un maximum de trois doses.  Tu arrêtes si les contractions commencent.

Future Maman: OK! J'essaie aujourd'hui!

10:30 à 12:30 (Ben quoi, c'est long à l'hôpital)
On me dit que je serai induite le lendemain matin. Joëllie naitra donc au plus tard le 4 juillet.  J'ai rendez-vous aux chambres de naissance à 7:00.

13:00
Je téléphone à ma mère pour lui dire que c'est pour demain.  Je prends une première dose d'huile de ricin: c'est franchement dégueulasse!

15:30
Je vais me baigner avec mon fils.  L'eau est bonne, je me prélasse dans ma chaise flottante et mon fils me promène pour me faire relaxer.

15:45
Petit malaise.  Je ne suis plus bien dans l'eau je décide donc de sortir.

15:50
Première contraction.  Fulgurant comme résultat l'huile de ricin!  Wow une seule dose!

16:10
Je suis aux 4 minutes. Mon chum téléphone à ma belle sœur qui a pris la chance de faire un petit tour sur la Rive-Sud. 



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Futur papa: Ça y est!  Elle a de vraies contractions, peux-tu revenir tout de suite?

Gentille belle-sœur: J'arrive!

16:55
Je dis à mon chum qu'on ne peut plus attendre.  On amènera les enfants avec nous et belle-sœur viendra les chercher à l'hôpital.  Je n'en peux plus, il faut partir.

17:00
Belle-sœur arrive comme je me lève pour aller à la voiture. Il était temps!  Nous partons juste moi et mon chum vers la grande aventure.  (Je ne suis pas très bavarde.)

La perte de la notion du temps

Cette partie ne sera pas commentée minute par minute puisque à partir du moment où je me suis installée en chambre de naissance, tout devient un peu flou et les minutes n'ont plus leur raison d'être.

J'arrive en salle de naissance à 17:15.  Je ne peux plus me séparer de ma débarbouillette d'eau froide. Elle est ma bouée. (À mon deuxième accouchement, ma bouée était un carré sur le plancher.)  Je mets la débarbouillette sur mon visage et il n'existe pas grand-chose d'autre qu'un bruit de fond de gens qui se parlent, ma douleur et l'eau froide sur ma figure.

On me demande gentiment de signer des papiers en vue de l'accouchement.  Je signe là ou on me l'indique entre deux contractions (Mon chum me dit que je peux signer en toute confiance, je n'ai aucune idée de ce que je signe.) je me concentre pour ne pas perdre mon crayon qui a attrapé la tremblote.

Le gynéco arrive, se présente, à l'examen je suis à sept+ centimètres.

Future maman: Je n'ai plus le goût d'accoucher!  Pourquoi ça fait mal de même?
(Assez stupide comme commentaire.  Ce n’est pas comme dans les films!)

Gynéco: Je crève tes eaux et tu accouches OK?

Future Maman: Tu es sur? (Seulement des réflexions ridicules à ce stade du travail.  On se console en se disant que la concentration est ailleurs...)

Gynéco: En crevant les eaux tu seras à dix centimètres et tu pourras pousser.

Future Maman: OK d'abord.

Pouf! C’est fait.  Je sens un peu de liquide chaud.

Gynéco: Liquide clair, tout est beau.  Pousse à la prochaine contraction.

Future Maman: Déjà?  T'es sur?  Je peux? Certain?

Horreur, je ne sais plus comment pousser.

Future Maman: Je ne me rappelle plus comment pousser. Je ne suis pas capable.  (En fait, tout va trop vite et je n'ai pas encore assimilé le fait que j'étais à l'étape de la poussée.  J'ai besoin d'un peu de temps.) 

Deux contractions dans le vide.  Je me prépare psychologiquement.  On me dit de pousser, mais tout ce que je peux faire c'est respirer.  S'ils pouvaient arrêter de parler, ça irait encore mieux.

Gynéco: Aller, une ou deux bonnes poussées et tu es accouchée.  Installe-toi comme je te dis et laisse-toi guider.  Fait comme je te dis on va essayer un accouchement sans déchirure. 

On m'installe le miroir.  Je pousse trois fois.  Je fais ça super bien finalement. Je n'ai pas oublié une fois bien concentrée. Le gynéco me guide super bien.  C'est le meilleur accoucheur que j'ai eu.  Il me dit d'arrêter les poussées.  Me dit de bien regarder le miroir car il sortira mon bébé.  Il dégage le nez et le menton.  Je vois son visage.  Un petit pincement et il dégage l'épaule en douceur et tout le corps glisse dans ses mains.  C'est la première fois que je réussis à garder les yeux ouverts et à voir mon accouchement.  Je trippe des bulles! C'est comme un rêve, c'est un court métrage filmé en plein brouillard avec des contours flous.

18:00, on met le bébé sur mon ventre et elle pleure pour nous dire bonjour.  Elle regrette peut-être un peu d'être sortie si vite.  Comme moi elle n'en revient pas.  Elle dormait paisiblement deux heures plus tôt et voilà qu'il fait froid.

On coupe son cordon.  Elle est autonome.  Elle commence sa vie.

Elle pleure longtemps avant de prendre le sein.  Comme moi, elle a peut-être besoin de respirer pour prendre conscience de ce qui se passe.  Une heure passe: on me fait deux petits points, on nous explique le placenta mais franchement je ne suis pas très intéressée; c'est une affaire pour les pères toutes ces explications.  Ensuite, il me racontera.

Joëllie prend enfin le sein, se calme.  Nous irons à la chambre un peu plus tard pour nous reposer.  Dormir?  On est bien trop sur les nerfs.  On réussit seulement à retourner mille fois l'accouchement dans sa tête. On regarde le bébé et on essaie d'y croire: après tant d'attente, elle est là.  Elle est parfaite.  Un bijou.

Voilà, ce que je me souviens de la naissance de Joëllie.  Le récit du papa serait sans aucun doute tout autre.  J'ai sans doute oublié quelques passages mais je me souviens de l'essence.  Dans ma mémoire, il restera un bel accouchement et un moment merveilleux de souvenirs à raconter à notre fille quand elle sera plus grande.

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