Alcool et grossesse
par Valérie Millette
De nos jours, un nombre fascinant de mesures préventives sont arrimées à la grossesse. Attention aux sushis! Pas de tabac! Du fromage au lait cru, non merci! Tenez-vous loin de la litière de minou! Une petite trempette dans un spa? C’pas conseillé!
En ce concerne l’alcool, les recommandations sont plus ou moins claires. Alors que certains encouragent la modération, d’autres prônent l’abstinence. Pourquoi ce double message? Voyons ça de plus près.
Ce que disent les autorités
En collaboration avec le Collège des médecins du Québec et du ministère de la Santé et des Services Sociaux, Éduc’alcool a publié la brochure La grossesse et l’alcool en questions. Dans la 6e édition revue et corrigée de cette brochure, on dit que, pour un développement optimal du fœtus, les femmes qui veulent concevoir un enfant ou qui se savent enceintes devraient diminuer leur consommation d’alcool ou, mieux encore, y renoncer complètement. On précise aussi que personne « ne devrait culpabiliser une femme enceinte qui choisirait de prendre un verre à l’occasion ». Enfin, on ajoute que « Les risques d’atteinte du fœtus diminuent de beaucoup quand la consommation se limite à un verre à l’occasion. ». Même si les auteurs soutiennent que l’abstinence demeure le choix le plus sûr, cette publication ne proscrit pas totalement la consommation de boissons alcoolisées.
Sur le site Grossesse en santé de l’Agence de santé publique du Canada, le message est, quant à lui, plus restrictif : « Il n’y a pas de quantité d’alcool acceptable ni de bon moment de consommer durant la grossesse », qu’on peut lire en lettres capitales. « Que vous envisagiez de devenir enceinte ou que vous le soyez déjà, cessez de consommer de l’alcool. »
Pas de quantité limite raisonnable
À ce jour, aucune étude scientifique n’a pu démontrer clairement quelle quantité d’alcool nuit au développement des embryons et des fœtus. C’est pourquoi on retrouve un double message de santé publique. Les experts s’entendent pour dire qu’une consommation abusive occasionnelle ou chronique met inévitablement en jeu la santé du bébé à naître, et ce, à tout moment de la grossesse. Ils savent aussi que, plus une femme enceinte consomme d’alcool, plus les dommages sur le fœtus peuvent être importants. Mais quand une femme boit à l’occasion, il semblerait qu’elle joue à la roulette russe. Personne ne sait exactement à quoi s’attendre. Dans son message qui ne bannit pas l’alcool en quantité modérée, Éduc’alcool souhaite sans doute montrer aux femmes que l’alcool représente un danger, mais qu’il n’est pas nécessaire de se faire avorter après une consommation ni de se culpabiliser à outrance.
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L’ensemble des troubles causés par l’alcoolisation fœtale (ETCAF)
À tout moment au cours de la grossesse, l’alcool passe directement dans le sang du fœtus par l’entremise du placenta. À cause de sa minuscule taille, le futur bébé n’est pas capable de métaboliser l’alcool comme nous. Les toxines de l’alcool restent plus longtemps dans son organisme, alors son développement peut ralentir, et ses cellules, s’endommager. Les parties les plus sensibles : le cerveau et le système nerveux central.
Les foetus exposés à de grandes quantités d’alcool vivent souvent un sevrage pénible après leur naissance, qui se manifeste par une forte irritabilité, des tremblements, des troubles de l’alimentation, de la diarrhée et, parfois, la mort. Quand le syndrome d’alcoolisme fœtal n’a pas affecté l’apparence physique du bébé (petite tête, visage aplati, yeux étroits, lèvre supérieure mince, absence de sillon entre le nez et la bouche, etc.), on le détecte parfois quand l’enfant est plus âgé. Entre autres symptômes :
- Hyperactivité
- Incapacité de respecter des règles simples
- Retard dans l’ensemble du développement
- Troubles de l’attention
- Troubles de comportement
- Troubles d’apprentissage, surtout les mathématiques et la lecture
- Quotient intellectuel plus faible
Malheureusement, aucun traitement ne peut guérir l’ETCAF. Un fœtus affecté par l’alcool restera malade toute sa vie et aura besoin d’aide et de soutien à l’âge adulte. Parmi les symptômes chez l’adulte, on retrouve :
- difficulté à réfléchir en profondeur
- incapacité à comprendre les conséquences de ses actes
- difficulté à se souvenir des choses
- impossibilité d’additionner, de soustraire et de gérer un budget seul
Par conséquent, ces personnes ont souvent des problèmes de santé mentale, des démêlés avec la justice, des comportements sexuels déviants et des problèmes d’alcoolisme ou de toxicomanie.
Si une femme enceinte boit, son bébé boit. Les séquelles reliées à l’alcoolisation foetale sont permanentes. Les recommandations officielles à ce sujet invitent les femmes à faire preuve de prudence ou, mieux encore, d’abstinence. Mais, au bout du compte, c’est à la future maman de se demander si un petit verre à l’occasion en vaut vraiment le risque…
Pour en savoir plus cliquer sur les titres :
- Agence de santé publique du Canada,
« La consommation d’alcool durant la grossesse »
- Le Réseau canadien de la santé,
« Le risque n’en vaut la peine… Les effets de l’alcoolisation fœtale »
- La Presse,
« Grossesse et alcool : s’abstenir dès la conception ».
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